DÉCOUVREZ LE PAYS DE LA CANNE

UNE HISTOIRE AUTHENTIQUE

Beauport : un nom irrémédiablement rattaché au Nord Grande-Terre, une gigantesque bâtisse aux allures de hangar qui semble veiller, telle une sentinelle sur les centaines d’hectares de champs et les moulins en ruine qui dessinent le paysage ; un pan du patrimoine historique de ce terroir.

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Beauport, c’est un lieu de mémoire, d’émotion, qui marqua le développement économique de toute une région, sinistrée depuis la fermeture définitive de l’usine le 30 juin 1990. Pourtant, depuis 2004, grâce au conseil général de la Guadeloupe, le poumon économique du Nord Grande-Terre recommence à battre, s’offrant une nouvelle carrière. Les trains qui charriaient la canne se sont définitivement tus, le ballet des cabrouets[1] et des camions déversant leur chargement dans la cour a cessé.

Mais après une décennie d’agonie et de silence, Beauport rouvre enfin ses portes, non plus aux planteurs mais aux visiteurs, touristes et résidents. Une partie de l’ancienne usine a été rénovée et transformée en un musée, entièrement dédié au sucre et à la production cannière qui reste encore aujourd’hui la première production agricole de l’île. Chaque vestige de ce patrimoine industriel est désormais prétexte à raconter, à se souvenir… Trois siècles d’histoire sont ainsi retranscrits à travers les différentes stations d’interprétation qui jalonnent le parcours. Les visiteurs munis d’un audio-guide pénètrent alors l’intimité du lieu pour un fabuleux voyage dans le temps.

La guerre des deux sucres

L’histoire de Beauport commence en 1732. À cette époque, Beauport — qui d’ailleurs ne porte pas encore ce nom — n’est qu’une habitation-sucrerie comme il en existe des centaines d’autres en Grande-Terre, c’est-à-dire un ensemble de terres (champs de canne, cultures vivrières, «bois-debout»[2], savanes), de bâtiments domestiques et industriels, d’esclaves, dont l’unique raison d’être est la production de sucre.

En 1813, elle entre dans le giron de la famille Ruillier, une famille typique de Blancs créoles qui multiplie les mariages stratégiques pour maintenir un patrimoine familial constitué de nombreuses habitations-sucreries. Beauport comprend alors 96 hectares et 70 esclaves. La Révolution française et l’effondrement du système esclavagiste marque le début du déclin des Ruillier, comme celui de la plupart des grands propriétaires blancs. Plus d’une vingtaine d’habitations-sucreries appartenant à la famille sont alors saisies.

beauport-histoire8En 1836, c’est le Dr Armand Souque, originaire des Hautes-Pyrénées, déjà à la tête de plusieurs domaines, qui se porte acquéreur de l’habitation. Vers 1840, la Guadeloupe compte 620 habitations-sucreries, dont vingt-six constituent l’actuel Beauport. Mais bientôt, l’apparition du sucre de betterave met à mal la production antillaise. Le blocus continental imposé par Napoléon 1er aux Anglais alors maîtres des mers, a pour conséquence de multiplier par 10 le prix du sucre qui se fait rare et dont la consommation s’est généralisée en Europe. Pour s’affranchir de ces importations coloniales, Napoléon ordonne la mise en culture de 32 000 hectares de betteraves. On assiste alors à un nouvel essor de la production sucrière en France qui compte bientôt 585 sucreries, réparties sur l’ensemble du territoire. Pour les Antilles commence alors la guerre des deux sucres qui durera tout au long du siècle. Pour résister, les producteurs antillais doivent se moderniser, d’autant qu’un autre événement leur cause bien du souci : en 1848, l’abolition définitive de l’esclavage augmente encore les coûts de production. La betterave continue à gagner du terrain.

En 1863, Armand Souque, conscient que le salut vient de la concentration des moyens de production, fait de Beauport une usine centrale avec un PDG et un usinier. Le notable s’engage avec audace dans le progrès technique, en développant notamment un réseau de voies ferrées. C’est également le début de constitution du domaine foncier de Beauport par rachat et concentration des anciennes habitations-sucreries du Nord Grande-Terre.

Mais un autre événement inattendu va relancer la canne. Cet évènement, c’est la première guerre mondiale qui ravage les champs de betteraves et généralise la consommation de rhum dans les tranchées. C’est la fameuse «goutte du soldat» qui donne du courage et un peu de baume au cœur des poilus ! L’empire Souques règne sur le sucre guadeloupéen pendant presque un siècle. Ernest, le fils d’Armand poursuit l’œuvre de son père. C’est lui qui réalise le montage financier nécessaire à la modernisation de l’usine. Son ascension industrielle et sociale est fulgurante. Il représente bientôt localement une force économique et politique considérable.

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Mais en 1901, les dettes d’Ernest sont telles, que le Crédit foncier colonial et la Banque de Guadeloupe l’obligent à se retirer. La société est dissoute, l’usine est adjugée à l’usinier Fernand Clerc qui s’endette lourdement auprès de son commissionnaire à Bordeaux Edmond Besse. Ce dernier reprend l’usine en 1908. Puis suit une longue litanie de crises durant lesquelles Beauport passe de propriétaire en propriétaire, jusqu’à sa liquidation définitive en 1990.

[1] Charettes / [2] Halliers (en créole haziers)





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